La Soufrière avec un guide

Pour ma troisième ascension de la Soufrière, je me suis offert une expédition jusqu’aux cratères et fumerolles. L’accès à la zone active du volcan est dangereuse en raison des émanations de gaz, elle est donc interdite au public, et sans masque. J’ai donc fait appel à un guide pour découvrir le sommet en toute sécurité.

La Soufrière, surnommée « vyé madanm la » en créole guadeloupéen, littéralement « la vieille dame » en français, est un volcan en activité dans le sud de l’île de Basse-Terre. La Soufrière fait partie d’un ensemble volcanique comprenant plusieurs bouches éruptives qui, en plus du dôme de lave principal, a formé plusieurs autres dômes, cônes et cratères.

On emprunte la trace du pas du Roy et on admire la richesse du patrimoine végétal. À 1140 m d’altitude, on atteint le plateau de la Savane à mulets et on entame l’ascension du volcan.

Le sommet de la Soufrière, appelé La Découverte, culmine à une altitude de 1 467 mètres. C’est le plus haut sommet des Petites Antilles. Ce dôme de lave prend la forme d’un cône tronqué de 900 mètres de diamètre à sa base. Il n’y a pas de véritable cratère mais plusieurs bouches éruptives, des gouffres d’où s’échappent des vapeurs sulfureuses et des entailles profondes. Le paysage est rocheux et chaotique, quasi lunaire, hérissé de pitons. Il est souvent recouvert de brumes.

On approche ensuite au plus près de l’activité volcanique. Au sommet de la Soufrière, le guide nous explique le volcanisme et son influence sur l’île de Guadeloupe.

Et c’est équipé de mon masque à gaz que j’accède enfin à la zone active du volcan de la Soufrière. Je suis impressionnée par les gouffres et surprise les fumerolles qui grondent, et l’odeur du souffre qui émane des différents cratères.

Le guide est un guadeloupéen de Basse-Terre qui avait 2 ans lors de la dernière éruption de la Soufrière. Il nous a donc raconté ce bout d’Histoire et son histoire. Il s’agissait d’une éruption phréatique qui a conduit à l’évacuation de la partie sud de la Basse-Terre, soit 73 600 personnes sur trois mois et demi.

La première explosion a eu lieu le 8 juillet 1976. Les séismes ont très probablement réveillé une série de failles colmatées par de l’argile et des roches magmatiques. Il eut une baisse brutale de la pression à l’intérieur d’une nappe chauffée, telle une cocotte minute, provoquant la pulvérisation de roches, un lahar (coulée de boue), des gaz acides et vapeurs d’eau. Le lahar dévale la vallée du Carbet sur 3,5 km. Au sud de Basse-Terre, 25 000 personnes évacuèrent spontanément la zone pour se réfugier vers la Grande-Terre, hors d’atteinte.

Quelque jour après, Haroun Tazieff arrive en Guadeloupe en qualité de chef du service de volcanologie de Guadeloupe, dans le but d’ausculter le volcan qui montre des signes de réveil inquiétants. Il ne diagnostique aucun risque immédiat pour la population, en affirmant qu’il n’y a pas de magma frais et qu’il n’y a pas de risque imminent de nuées ardentes. L’éruption est selon lui seulement phréatique, due à la surpression de vapeur d’eau provoquée par la chaleur. Il part alors de Guadeloupe pour une mission en Équateur.

Mais la “vieille dame” continue à faire des siennes. Du 24 au 28 juillet, plusieurs explosions se produisent avec des retombées de cendre à Saint-Claude et Matouba. Une nouvelle explosion survient au sommet du volcan le 9 août. Jusqu’au 14, l’activité ne faiblit pas. Jean-Claude Aurousseau, préfet de la Guadeloupe, s’inquiète et fait appel à de nouvelles expertises. Des géologues débarquent et Claude Allègre, tout fraîchement installé au poste de directeur de l’Institut de Physique du Globe, s’empare du dossier. Pour eux, la probabilité d’une éruption imminente de magma est bien réelle.

Le 15 août, le préfet de la Guadeloupe ordonne alors l’évacuation totale de l’extrémité sud de Basse-Terre, plus précisément de la région située entre Vieux-Habitants à l’ouest et Capesterre-Belle-Eau à l’est, à l’exception de Vieux-Fort. Soit 73.600 personnes.

Haroun Tazieff, prévenu se rend au chevet du volcan avec Claude Allègre. Ils décident d’entreprendre cette fameuse ascension de reconnaissance du 30 août qui manqua de coûter la vie aux deux hommes.

“Je n’en reviens pas d’être encore vivant. Il n’y avait aucun problème. Le cratère, d’où s’exhalaient quelques vapeurs, était parfaitement calme et paisible, quand brusquement nous avons entendu un sifflement qui s’est très vite amplifié. Un jet de vapeur blanche a fusé. Une minute plus tard, les tourbillons sont devenus gris. C’était des cendres. On a fui, mais aussitôt la grêle de pierres a éclaté. Un vacarme assourdissant, pire qu’un barrage d’artillerie… Nous nous sommes réfugiés derrière un rocher ou un talus pour nous protéger le haut du corps. C’est un miracle que les plus gros blocs ne nous aient pas frappés de plein fouet. Une chance incroyable.”

Ces mots, ce sont ceux du célèbre volcanologue Haroun Tazieff au quotidien le Monde, le 1er septembre 1976, à sa sortie de l’hôpital de Pointe-à-Pitre.

A partir du 15 Août, 73 000 personnes ont donc été redirigées vers la Grande-Terre, ainsi que les îles voisines de l’archipel. La ville de Basse-Terre étant à l’époque l’une des plus attractives et peuplées de la Guadeloupe, l’évènement qui se profile paraît soudain comme un pur désastre économique, social et culturel. Seuls quelques individus résidant à proximité de la Soufrière décident de rester sur place. Le processus d’évacuation prend fin le 18 Novembre 1976. Et l’éruption ne fit que des dommages matériels.

Jocelyne Charles, avait 26 ans à l’époque et vivait au Morne de la Cathédrale à Basse-Terre. Mais le 15 août de cette année-là, elle et sa famille comme beaucoup d’autres, ont du tout quitter en urgence. Ce matin-là, la jeune femme avait rendez-vous chez le dentiste mais avant, elle s’était rendue à la messe. Une cérémonie qui avait été interrompue par un tremblement-de-terre. Aujourd’hui encore, elle se remémore les pluies de cendres et de l’évacuation rapide. Arrivés à Sainte-Anne, ils avaient immédiatement reçu de l’aide. Malade, Jocelyne avait été prise en charge et se rappelle avoir reçu un bon accueil. Toutefois, impossible d’oublier l’inquiétude qui la tenaillait et de l’effroi qu’elle ressentait face à la situation et au constat de sa famille éclatée à travers l’archipel. 

En 1976, Joel, ce jeune Gourbeyrien avait 14 ans. Évacué avec sa famille en premier lieu à Morne-à-L’Eau, avant d’être conduits plus tard au Moule. Le 15 août 1976, il se rappelle de leur départ en urgence par transport en commun vers la Grande-Terre et de leur arrivée sur la place principale, dans l’attente de se voir attribuer un endroit où dormir. Les autres communes de l’archipel avaient fait preuve de solidarité pour accueillir ceux qui avaient du tout quitter pour fuir la colère du volcan. Les établissements scolaires et les bâtiments publics avaient alors été réquisitionnés pour recevoir les réfugiés. Pour Joel et ses proches, le refuge prendra la forme du collège Général de Gaulle du Moule.

« Ils ont fait partir 70 000 personnes du sud de la Guadeloupe vers la Grande-Terre. Certains partaient vivre avec leur famille chez des cousins, des amis, mais ceux qui ne pouvaient pas être hébergés étaient accueillis dans des gymnases ou des écoles. Ces gens sont surnommés les « magmas », d’abord de façon affectueuse et taquine. Pendant les premières semaines de l’évacuation, les gens de la Grande-Terre sont accueillants, mais le fonctionnement de toute la société de l’île est modifié. Les enfants de Grande-Terre ne peuvent plus aller à l’école que le matin, parce que l’après-midi les petits « magmas » doivent y aller, par exemple. Et c’est très mal vécu car cette évacuation dure longtemps. »

Cyrien Vial, réalisateur du film Magma 2024

Après avoir découvert le court métrage documentaire La Soufrière (1977) de Werner Herzog, Cyprien Vial s’est inspiré de la dernière éruption de la Soufrière en 1976 pour réalisé son film, Magma. En Guadeloupe, Katia Reiter est une volcanologue expérimentée et passionnée qui dirige l’Observatoire de Physique du Globe chargé de surveiller le volcan La Soufrière. Elle forme Aimé Lubin, un jeune Guadeloupéen en thèse de volcanologie, qui lui n’a jamais vu d’éruption. Lorsque le volcan fait une première explosion phréatique, elle doit convaincre le préfet qu’il n’y a pas de danger immédiat. Mais une deuxième explosion provoque un éboulement sur la route et entraîne des victimes. Le préfet ordonne l’évacuation et demande à l’équipe de l’observatoire de conforter ses analyses.

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