Pédalo à Morne-à-l’eau

Après un premier tour dans le Grand-Cul de sac Marin avec les copains, me voilà reparti dans la mangrove avec un programme différent, plus sportif (mais pas trop) et surtout plus respectueux de l’environnement. Il est aussi possible d’opter pour paddle ou le kayak, mais avec un petit frère fan de vélo je trouvais rigolo de pédaler sur l’eau.

Mes amis photographes qui font du storytelling, me dirait “L’ordre, c’est important”. Mais voilà, cette excursion c’était il y a 3 ans, et j’avais le COVID (oui faire du pédalo en plein cagnard ça ne me suffisait pas). J’ai donc pas retenu grand chose des explications. Surtout que Capitaine Sam m’avait expliqué une grosse partie deux semaines auparavant. Et chose incompréhensible, j’ai retrouvé les photos de cette journée toutes mélangées. Donc si y’a un effet de déjà vu dans l’article c’est juste fort probable qu’une photo de la même scène soit juste un peu plus haut dans l’article.

La mangrove est un écosystème de la famille des marais marins. Elle comprend des plantes qui ne se développent que dans la zone qui subit les marées des régions tropicales. Elle constitue l’un des quatorze grands biomes terrestres définis par le WWF.

La mangrove alimente les peuples de ressources importantes qu’elles soient alimentaires ou forestières. Elle procure aussi des bénéfices en matière de sécurité contre l’assaut des vagues. Elle réduit notamment les dégâts que provoque un ouragan.

La mangrove contribue aussi comme puits de carbone. C’est parmi les écosystèmes les plus productifs en biomasse de notre planète. La mangrove absorbe 3 à 5 fois plus de CO2 qu’une forêt classique. Un hectare de mangrove peut stocker le CO2 émit par plus de 2500 voitures en un an.

Représentant plus de 5 000 ha dans le Grand Cul-de-Sac Marin, la mangrove est un écosystème tropical très fragile et menacé par les activités humaines. La mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin est la plus grande des Petites Antilles du fait de leur régression dramatique dans la Caraïbe, et confère à ce paysage une forte valeur patrimoniale.

Les espèces végétales emblématiques de la mangrove sont les palétuviers. La forme caractéristique de leurs racines ressemblant à des échasses permet aux arbres de vivre sur de véritables pilotis. Ainsi, grâce aux racines aériennes, les palétuviers survivent malgré la forte salinité et la faible oxygénation du biome.

Les palétuviers ont donc la capacité de supporter à la salinité extrême du sol. Par exemple, les palétuviers rouges s’isolent du sel en ayant des racines quasi imperméables, agissant ainsi comme un mécanisme d’ultra-filtration pour éliminer le sel du milieu. L’eau de végétation contient ainsi jusqu’à 90 %, et dans certains cas jusqu’à 97 % moins de sel que l’eau dans laquelle les racines baignent. Les palétuviers blancs, quant à eux, peuvent sécréter le sel par l’intermédiaire de glandes à sel à la base des feuilles, d’où leur nom puisqu’elles sont couvertes de cristaux blancs de sel.

Dans cet environnement hostile, les palétuviers ont évolué pour aider les jeunes plantules. À la différence de la plupart des plantes, les palétuviers sont vivipares c’est-à-dire que la graine germe sur l’arbre. Quand le propagule est mûr, il chute dans l’eau où il peut être transporté sur de grandes distances. Il peut survivre à la dessiccation et rester dormant durant une année jusqu’à ce qu’il arrive dans un environnement approprié. Une fois les conditions réunies, le propagule change sa densité pour produire un système racinaire vertical. Dans cette position, il peut s’enraciner dans la boue. S’il ne s’enracine finalement pas, le propagule peut à nouveau changer sa densité de sorte qu’il flotte plus loin à la recherche de conditions plus favorables.

Et sous l’eau aussi ces racines sont vitales. Elles abritent des larves, des tous petit poissons comme une nurserie. Ces racines sous marines les protègent des gros prédateurs en formant une barrière. Ils vont pouvoir grandir tranquillement.

Trois paysages principaux peuvent être observés : la mangrove de bord de mer, la mangrove arbustive et la mangrove haute.

Le rivage ou mangrove bord de mer, à la salinité constante d’au moins 30 grammes/litres, est le territoire du palétuvier rouge, reconnaissable à ses racines aériennes et seul palétuvier à s’adapter aux sols submergés par quelques décimètres d’eau.

Les racines immergées, permettent le développement de balanes, moules, huîtres de palétuvier, éponges… Près d’une centaine d’espèces de crustacés et de poissons ont été recensées dans la mangrove, pour la plupart des juvéniles. Pour les alevins de pagres, de pisquettes, de tarpons comme pour les juvéniles de crevettes et de langoustes, la mangrove est une nurserie, indispensable à l’équilibre et au développement de la faune marine.

A moins d’une dizaine de mètres du rivage, la mangrove devient arbustive. La carence en éléments nutritifs rend la vie difficile, les palétuviers rouge prennent un aspect plus rabougri et avoisinent les 2 mètres de hauteur contre 10 mètres en bord de mer ! Véritable usine de désalinisation, les palétuviers noirs abondent.

La mangrove haute, généralement au delà de la mangrove arbustive, se compose de futaies de dix à vingt mètres de haut. Suivant le niveau de salinité, les peuplements de palétuviers diffèrent. En milieu peu salé, c’est le palétuvier blanc qui domine. Moins commun, le palétuvier gris préfère les sols rocheux ou sablonneux.

Au cœur de cet habitat cohabitent le crabe de palétuvier, le petit crabe nageur, le carbe à barbe ou encore le crabe sémafot, des mammifères (rats, mangoustes, racoons..) et des oiseaux.

Les mangroves abritent également une riche faune aviaire, attirant de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs et résidents. Ces zones humides fournissent des sites de nidification et de repos pour ces volatiles, contribuant à la diversité biologique de l’île. La préservation de ces habitats est donc essentielle pour protéger la biodiversité unique de la Guadeloupe et assurer un avenir durable pour ses écosystèmes naturels.

Les oiseaux trouvent dans ces régions peu profondes une nourriture abondante et variée: crustacés, mollusques, petits poissons…. Certains sont sédentaire et on peut les observer toute l’année. D’autres sont des migrateurs originaires d’Amérique du Nord pour lesquels la mangrove représente, entre le mois de juillet et le mois de novembre, une importante étape alimentaire sur la route de l’Amérique du Sud où ils se réfugient pour passer l’hiver.

Cet immense lagon abrite 78 espèces d’oiseaux. Sur l’un des îlots nichent en toute quiétude hérons garde-boeufs et aigrettes neigeuses, rejoints le soir par des pélicans bruns et des frégates. À la saison des migrations, on y retrouve également quelques aigrettes bleues et aigrettes tricolores.

Les oiseaux qui habitent les écosystèmes de mangroves ont développé des adaptations remarquables pour prospérer dans cet environnement exigeant. Les oiseaux échassiers, tels que les hérons et les aigrettes, naviguent facilement dans les eaux peu profondes. Ils utilisent leurs longues pattes et leurs becs pointus pour chasser des poissons, des crabes et d’autres proies aquatiques parmi les racines des mangroves. Ce sont les oiseaux les plus répandus en mangrove.

Certaines espèces, comme le Martin-pêcheur des mangroves, ont développé des becs spécialisés pour attraper des proies à la surface de l’eau.

Les espèces spécialistes des mangroves, comme la Pita des mangroves, sont spécialement adaptées à la strate sous-bois dense des mangroves. Leurs plumages vibrants et leurs cris distinctifs ajoutent une touche de couleur et de son à ces habitats par ailleurs tranquilles. Ces adaptations mettent en lumière la résilience remarquable des oiseaux qui considèrent les mangroves comme leur foyer.

Les mangroves servent de terrains de reproduction cruciaux pour de nombreuses espèces d’oiseaux. Les systèmes de racines complexes fournissent d’excellents sites de nidification offrant une protection contre les prédateurs. Des oiseaux comme le Martin-pêcheur à collier blanc et le Martin-pêcheur à collier construisent leurs nids à l’intérieur des creux des branches des mangroves, assurant un environnement sûr et caché pour leurs œufs et leurs oisillons.

De plus, de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, comme les bécasseaux et les pluviers, utilisent les mangroves comme points d’escale pendant leurs longs voyages. Les riches terrains de nourrissage et l’abri fourni par les mangroves jouent un rôle crucial dans le succès de ces routes migratoires.

Au-delà de leur valeur écologique intrinsèque, les oiseaux dans les mangroves contribuent de manière significative à la santé globale de ces écosystèmes. De nombreux oiseaux agissent comme des régulateurs naturels de ravageurs en se nourrissant d’insectes et de petits invertébrés, contribuant à réguler les populations et à prévenir les épidémies de ravageurs au sein de l’habitat des mangroves.

De plus, les déjections des oiseaux fournissent des nutriments essentiels qui enrichissent le sol des mangroves, contribuant à la fertilité globale de l’écosystème. Cette cyclicité des nutriments aide à maintenir la diversité de la vie végétale qui, à son tour, soutient les différentes espèces d’oiseaux résidant dans les mangroves.

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