Rhum, rhum, rhum, rhum…

Ce mois-ci, je poursuis mon retour aux Antilles avec pour thème Marie-Galante. La Guadeloupe c’est une archipel avec 7 îles : Grande Terre et Basse Terre sont les îles principales, Terre de Haut et Terre de Bas appartiennent aux Saintes, Petite Terre est la seule île inhabitée, la Désirade et…. Marie-Galante.

Photo satellite de Marie-Galante depuis l’ISS Expedition 65

Marie-Galante c’est une île de 158km2 donc quasi aussi grande que l’île de Pâques. Elle a une forme très ronde qui lui doit son surnom de “grande galette”. Mais attention !! N’allez pas dire ça à un Marie-Galantais, ce surnom est souvent méprisé. Souvent, les touristes viennent sur l’île un jour, parfois deux. Je conseille vraiment de rester, si c’est possible au moins trois jours pour vraiment profiter de l’île au rythme de l’île.

Je sais pas vous mais Marie-Galante m’évoque deux choses. Enfin, surtout le rhum. Une grosse partie de l’économie de l’île repose sur la culture de la canne à sucre. Et comme en Martinique et en Guadeloupe (oui Marie-Galante fait partie de la Guadeloupe, mais les habitants se considèrent Marie-Galantais et non Guadeloupéens) la crise du sucre a poussé l’industrie de la canne à sucre à s’orienter vers la distillation.

Merci Alain !

L’originalité du rhum français vient de sa fabrication à partir du vesous, ou jus de canne, alors que le reste du monde produit du rhum à partir de mélasse, un sous-produit provenant du raffinage du sucre de betterave ou de canne à sucre. Pour les distinguer, on nomme “rhum agricole” le rhums issu du pur jus de canne, et “rhum industriel” ou “rhum traditionnel” celui produit à partir de mélasse.

A Marie-Galante, une autre particularité rend leur rhum encore plus original, puisque leur rhum blanc est embouteillé à 59°. Là bas, c’est encore très commun de ramasser la canne à la main. En Guadeloupe, cette méthode est surtout utilisée lorsque le terrain est trop accidenté pour les machines. Trois distilleries sont présentes sur Marie-Galante : Bellevue, Bielle et Poisson.

Habitation Bellevue

Le rhum du domaine de Bellevue est un rhum agricole produit à Capesterre-de-Marie-Galante.

En 1821, Bellevue est d’abord une sucrerie qui se transforme en distillerie en 1910. Le vieil alambic laisse place à une colonne créole pendant l’entre-deux-guerres, ce qui permet d’augmenter la production à 39 000 litres de rhum en 1940, faisant de Bellevue la plus grande distillerie de l’île.

Devant son moulin à vent restauré, le seul tournant encore sur l’île, Bellevue est le premier domaine écopositif de la Caraïbe, niché au cœur du plus grand domaine cannier de Marie-Galante, Bellevue se distingue par une production non-polluante, reconnue comme l’unité la plus moderne des Antilles françaises. L’alliage parfait de la tradition et de la modernité.

Pour savoir comment on fabrique le rhum en Guadeloupe, je t’invite à (re)lire mon article concerné

Bellevue est équipée de 4 moulins, 18 cuves de fermentation en acier inoxydable et 2 colonnes de distillation créoles. La distillerie reçoit aussi bien des charrettes à bœufs de une tonne de cannes coupé à la main, que des chariots de cannes coupée à la machine de plus de 20 tonnes, la distillerie broie environ 12 000 tonnes de cannes.

La plantation produit du rhum agricole blanc à 50° ou 59°, des rhums vieux V.O. (3 ans) VSOP (4 ans) et des hors d’âges de 6 ans et 10 ans en quantité limité ainsi que des punchs de différents parfums, allant du traditionnel punch coco au célèbre “pété bwaguet”.

Habitation Bielle

L’histoire nous dit qu’en 1769, la famille Bielle est déjà installée sur l’île de Marie-Galante. Elle est à la tête d’une caféière employant 32 cultivateurs. En 1826, Nicolas Bielle s’associe avec son frère Maximilien Bielle pour transformer la plantation de café en une sucrerie. Il faut attendre la fin du 19ème siècle pour que le domaine Bielle soit transformé en distillerie. En 1940, elle produit 130hL d’alcool pur, soit 26 000L de rhum à 50°.

La Distillerie Bielle a eu à cœur de remettre au goût du jour des cannes quasiment disparues des cultures. La Canne Grise fut importée à Marie-Galante dans les années 1960 pour sa résistance à la sécheresse et sa teneur en sucre. Ce rhum aux notes végétales est particulièrement riche en arômes frais.

La canne Baltazia, importée à Marie-Galante à la fin du XIXe siècle est une canne aux fibres très tendres. Il n’en reste de nos jours plus que quelques parcelles. Elle se distingue par sa tige longinile et « sa peau » aux rayures violettes, jaunes ou vertes suivant sa maturité.

La Canne Genou Cassé fut également importée à Marie-Galante mais ses origines restent encore floues. Elle est dénommée ainsi du fait de sa particularité à pousser en cassures sur chaque noeud, lui donnant ainsi l’aspect d’un genou. Sa fibre est juteuse et fruitée et sa culture reste confidentielle sur Marie-Galante.

Bien que le processus de distillation soit exactement le même pour chaque variété de canne, le rhum issu de chacune d’entre elles est complètement différent. Cette palette aromatique extrêmement riche et l’infinité des possibles qui en découlent sont chez nous une source d’étonnement constant.

Le rhum et la mer ont toujours connu une inséparable complicité, une impossible discordance depuis la découverte des îles et de la canne à sucre. Que devient un rhum blanc mis dans un tonneau de chêne après brassage de plusieurs semaines dans le ventre d’une goélette après une transatlantique ?

Avec sa goélette, achetée en 2015, Bielle réitère ce qui se passait dans les siècles passés et bouscule par son audace le transport et les habitudes conventionnelles. Le rhum Goélette se veut être un rhum de caractère. Cette aventure est née de l’authenticité de l’idée du Très Hombres de réactiver le transport maritime de marchandises à la voile pour un transport écologique. C’est ainsi que ce brick-goélette traverse les océans avec à son bord des produits de qualité tels le café de Colombie, le cacao de la République Dominicaine ou le Rhum Bielle de Marie-Galante.

Habitation Poisson

Le rhum du Père Labat est un rhum agricole produit dans le domaine Poisson à Grand-Bourg.

Le rhum a été nommé en hommage au prêtre missionnaire dominicain Jean-Baptiste Labat. Le père Labat dirige à partir de 1696 l’habitation Fonds Saint-Jacques à Sainte-Marie, et fait venir de France deux alambics en cuivre d’eau ardente pour distiller l’alcool de canne à sucre. Ce modèle de distillerie se développe ensuite rapidement en Martinique.

Depuis plus d’un siècle, la petite distillerie de Poisson produit le rhum du Père Labat. Elle produit chaque année environ 300 000 litres de rhum à 40°, 50° et 59° d’alcool.

Le Père Labat Blanc 59° est considéré comme l’un des meilleurs rhums agricoles de dégustation. S’il s’impose comme une référence auprès des amateurs de rhum blanc.

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